Identification matériel roulant

Bonsoir à tous,

Lorsque l’on évoque dans des magazines de chemin de fer le matériel roulant, il y a souvent des abréviations avec des chiffres et lettres, mais à quoi cela correspond-il ? :scratch:

Pour certaines locos je crois savoir que c’est par rapport au nombre d’essieux par bogie (BB=2 essieux, CC=3 essieux, pour les vapeurs je crois qu’il y a une histoire d’essieu directeur, porteur, et moteurs 231 = 2 directeurs, 3 moteurs et 1 porteur. A moins que je me plante).

Mais pour les locos allemandes ?

Les voitures voyageurs ? (UIC, DEV etc…) :scratch: J’ai lu que pour les voitures la lettre A est la première classe et que si l’on a A9, c’est qu’il y a 9 compartiments ?

Vaste sujet… :study:

Bonjour Manu,
Les systèmes de comptage des roues et des essieux des engins moteurs les plus connus sont: le système français, le système européen (allemand) et le système anglo-américain White.
Locos à vapeur - c’est toujours l’ordre essieux porteurs avant-essieux moteurs-essieux porteurs arrière:

  • le système français compte les essieux avec des chiffres
  • le système européen (allemand) met des lettres aux essieux moteurs
  • le système anglo-américain White est analogue au système français, mais compte les roues.
    Les essieux porteurs sont parfois ponctués d’une apostrophe.

Ainsi une vapeur Pacific est une 231 en France, une **2’C1’ en Allemagne et une 4-6-2 **aux USA
La BigBoy, locomotive articulée, devient une **240-042 **en France, une **(2’D)D2’ **en Allemagne et une **4-8-8-4 **aux USA.
L’absence d’essieu porteur est signalée par un zéro en France et aux USA et pas du tout dans le sytème allemand.
Ainsi une loco de manoeuvre comme la BR81 devient une 040 en France, une D en Allemagne et une 0-8-0 aux USA.
Une loco vapeur Decapod est une 150 en France, une 1’E en Allemagne et une 2-10-0 aux USA.
Les engins à vapeur ont reçu des surnoms selon l’endroit de leur première mise en service:

-Type 130, 1’C ou 2-6-0: Mogul
-Type 131, 1’C1’ ou 2-6-2: Prairie
-Type 140, 1’D ou 2-8-0: Consolidation
-Type 141, 1’D1’ ou 2-8-2: Mikado
-Type 142, 1’D2’ ou 2-8-4: Berkshire
-Type 150, 1’E ou 2-10-0: Decapod
-Type 151, 1’E1’ ou 2-10-2: Santa Fe
-Type 152, 1’E2’ ou 2-10-4: Texas

-Type 220, 2’B ou 4-4-0 : American
-Type 221, 2’B1’ ou 4-4-2: Atlantic
-Type 230, 2’C ou 4-6-0: Ten Wheeler
-Type 231, 2’C1’ ou 4-6-2: Pacific
-Type 232, 2’C2’ ou 4-6-4: Hudson
-Type 240, 2’D ou 4-8-0: Twelve Wheeler ou Mastodont
-Type 241, 2’D1’ ou 4-8-2: Mountain
-Type 242, 2’D2’ ou 4-8-4: Northern ou Niagara
-Type 251, 2’E1’ ou 4-10-2: Southern Pacific
-Type 261, 2’F1’ ou 4-12-2: Union Pacific

-Type 230-032, (2’C)C2’ ou 4-6-6-4: Challenger
-Type 240-042, (2’D)D2’ ou 4-8-8-4: Big Boy

La notation européenne pour les engins électriques est la même que pour les locos vapeur, les essieux moteurs étant représentés par une lettre. **Un petit o à côté de la lettre signifie que les essieux moteurs ne sont pas reliés par des bielles. B signifie bogie à 2 essieux moteurs, C bogie à 3 essieux moteurs.
**Ainsi la **CC-7107 **est en réalité une Co-Co. L’Ae 6/6 des CFF aussi
La **BB-9200 **est en réalité une Bo-Bo, comme la Re 4/4 des CFF.
L’Ae 4/7 des CFF est une 2’Do1’.
Par contre la Be 6/8 (Crocodile) est une (1’C)C1’

Pour classifier leurs engins moteurs, les Suisses et les Allemands utilisent un rapport entre le nombre d’essieux moteurs et le nombre total d’essieux précédé d’une lettre signifiant le type de service demandé.

En Allemagne:
S (Schnellzug) pour locomotive à vapeur d’express
P (Personenzug) pour locomotive à vapeur en service voyageurs omnibus
G (Güterzug) pour locomotive à vapeur de marchandises
Ainsi

  • la Pacifc 231 BR 01 et la Pacific 231 bavaroise BR 18-4 sont des S 3/6
  • la 230 P8 BR 38 et la 131 BR 23 sont des P 3/5
  • la 150 BR 44 est une G 5/6.

En Suisse:
A - locomotive dont la vitesse maximum est supérieure à 75 km/h
B - locomotive dont la vitesse maximum se situe entre 65 km/h et 75 km/h
C - locomotive dont la vitesse maximum se situe entre 55 km/h et 65 km/h
D - locomotive dont la vitesse maximum se situe entre 45 km/h et 55 km/h
E - locomotive-tender ou locomotive de manoeuvres
R - locomotive légère ayant une vitesse supérieure à 100 Km/h

Un petit e signifie engin à traction électrique, un petit m, un engin avec un moteur à combustion (diesel).
Exceptions sortant de la logique:

  • L’Ae 6/6 a une vitesse maximale de 125 km/h.
  • L’automotrice BDe 4/4 signifie une automotrice avec un compartiment de 2è classe et un compartiment à bagages.
  • La loco-tender Eb 3/5 est une machine apte à 75 km/h

Ensuite vient le rapport entre le nombre d’essieux moteurs et le nombre total d’essieux.
Les Crocodiles deviennent des Be 6/8

Parfois suit un chiffre romain indiquant la classe d’une même série.
Les Crocodiles Be 6/8 II (13301-13318)
Les Crocodiles Be 6/8 III (13251-13268)
Les Ae 3/6 10601-10714 sont des Ae 3/6 I (“nez de cochon”)
Les Ae 3/6 10401-10460 sont des Ae 3/6 II (à bielles)
Les Ae 3/6 10261-10269 sont des Ae 3/6 III
Les Re 4/4 10001-10050 sont des Re 4/4/ I
Les Re 4/4 11101-11350 et 11371-11399 sont des Re 4/4 II
Les Re 4/4 11351-11370 sont des Re 4/4 III (Re 4/4 II à engrenages modifiés pour le Gothard)
Les Re 4/4 10101-10104 sont des Re 4/4 IV
Les Re 4/4 450 pour le RER zurichois sont des Re 4/4 V
enfin les Re 460 (loco 2000 surnommée par les cheminots “Boîte de Coca”) sont des Re 4/4 VI
Vois ton sujet Lausanne CFF, je t’y ai collé la photo de la loco vapeur A 3/5.

Christophe

WHOUAAAOOUUU çà c’est de l’explication, merci pour cela, il y avait des choses que je ne comprenais pas mais là il faut le faire exprès

encore Merci :affraid:

Oh la vache !!! C’est vraiment de la réponse nette et précise, merci Christophe ! Je crois qu’après avoir relu tout ça, je vais finir à Cery (pour mes amis Suisses :wink: ).
Je n’ose pas penser à l’explication qui suivra concernant les codes des voitures voyageur… :wink:

Bonsoir et merci, Christophe :smiley:

Une superbe explication que je me suis empressé de copier et de ranger dans ma documentation. :bulb: :bulb: :bulb:

J’irai dormir moins bête :cheers: :nerd: :cheers: :nerd: :cheers: !

A+,
Amitiés :sunny: ,
Christian

Il y a encore deux petites spécialités:
Les locos diesel françaises 68000 et les PA-1 américaines sont en réalité des A1A-A1A, car leurs bogies à trois essieux comportent un essieu porteur au milieu entre les 2 essieux moteurs.
Christophe

Bonsoir à tous

Un grand merci à Christophe pour cet exposé magistral !
:appl:
Plus personne ne pourra dire qu’il n’y comprend rien dans la désignation des engins moteurs…

Bonsoir,

Il y a une petite rectification à apporter : l’utilisation du o dans les numérotations des locomotives électriques.

On ne met pas de o quand il y a un moteur pour plusieurs essieux. Évidemment, si il y a des bielles, les essieux sont reliés mécaniquement, et il n’y a donc pas de o. Par contre, par exemple sur la BB 26000, il y a un moteur par bogie, donc un moteur pour deux essieux : on ne met pas de “o” et elle est du type B’B’. Par contre, la Re 460 a bien un moteur par essieu, elle est du type Bo’Bo’

Ceci dit, c’est de l’ordre du détail, ça n’enlève rien à la qualité du travail fait par Christophe. Il y a relativement peu de locomotives qui n’ont pas de bielles et un moteur pour plusieurs essieux.

:appl:

Louis

Bonjour aux intéressés
Le lien ci-dessous vous donnera un document complet du **marcage des véhicules voyageurs SNCF **depuis le système normalisé de 1924 à nos jours (marcage UIC).
C’est un document complet qu’il aurait été impossible d’intégrer dans un post de forum. On peut même faire soi-même son marcage UIC avec le chiffre d’autocontrôle modulo-10.
Bonne lecture.

ec64.pagesperso-orange.fr/Numero … 20SNCF.htm

En général, pour simplifier, on distingue en Europe continentale (Suisse, Allemagne) les classes de véhicules suivantes:

  • A pour voiture de 1è classe
  • AB pour voiture mixte 1è-2è classe
  • AD pour voiture mixte 1è classe-fourgon
  • B pour voiture de 2è classe
  • BC pour voiture mixte 2è-3è classe
  • BD pour voiture mixte 2è classe-fourgon
  • C pour voiture de 3è classe
  • D ou Pw (en Allemagne) pour le fourgon à bagages
  • WR pour voiture restaurant
  • WL pour voiture-lits
  • Z pour allège postale

Suit une lettre minuscule indiquant l’aménagement intérieur:

  • c pour compartiment à couchettes rabattables
  • i pour intercirculation par passerelle découverte (sans soufflets)
  • t pour poste de conduite
  • m pour une voiture à compartiments et couloir latéral
  • ü pour l’intercirculation par souffflets
  • z pour bureau postal ambulant

En Allemagne, on appliquait aussi un système analogue au système français de 1924. Par contre, le chiffre ne désignait pas le nombre de compartiments mais le nombre d’essieux.
Exemple:
Bc4üm signifiait voiture 2è classe - couchettes à 4 essieux à intercirculation et couloir latéral
Pw4ü signifiait fourgon à bagages à 4 essieux à intercirculation
Pw2i signifiait fourgon à bagages à 2 essieux à intercirculation sans soufflet

Lors du passage au marcage informatisé UIC en 1965, l’indication du nombre d’essieux disparaît.

Pour les wagons-lits les lettres A et B indiquent la présence de cabines à 1 lit (A) et à 2 lits (B).
Ainsi les voitures lits de ce type (CityNightLine) sont indiquées par le code WLABüm..

La Suisse faisait de même mais ignorait la mention “intercirculation”. Celle-ci était seulement mentionnée par un “i” pour désigner l’intercirculation par passerelle découverte (absence de soufflets).
Une Bcm est une voiture-couchettes 2è classe à couloir latéral (désignation UIC, sans nombre d’essieux).
Le BLS possède d’anciennes voitures de commande Bt4i, voiture de 2è classe à 4 essieux avec poste de pilotage et intercirculation sans soufflet.
Une voiture CFF **ABt4 **est une voiture de 1è et 2è classe à 4 essieux avec poste de pilotage.
Une voiture **Dz **est un fourgon à bagages avec compartiment postal
Une voiture Z est une allège postale suivie d’un numéro à 3 chiffres indiquant son parccours (course).
Christophe

Salut Christophe,

Merci encore pour tes explications, notamment le lien très détaillé. Bravo ! :king:

Salut Manu,
Je suis content de t’avoir rendu ce petit service. Le forum est fait pour ça.
Dernier chapitre: la classification des séries (Baureihe) de locomotives à vapeur à la Deutsche Reichsbahn jusqu’en 1945 ainsi qu’à la Deutsche Bundesbahn (époques II et III) et à la SNCF dès 1938.

A la création de la Deutsche Reichsbahn Gesellschaft en 1922, il a fallu intégrer un parc de machines complètement hétéroclite hérité des anciennes Länderbahnen. On les a groupées dans des séries selon le type de service demandé:

  • BR 01 à 19 pour le service rapide
  • BR 20 à 39 pour le service omnibus
  • BR 40 à 59 pour le service marchandises
  • BR 60 à 98 pour les locomotives-tender tous services confondus
  • BR 99 pour les engins à voie étroite

L’apparition des engins électriques et Diesel est venue toutefois chambouler le système. Il y a en effet beaucoup trop d’exceptions. La logique serait en principe restée la même avec le E (électrique) ou le V (Verbrennungsmotor, Diesel) précédent le chiffre de la série.
Mais:

  • La E41 est une locomotive voyageurs,
  • La E44 est un engin pour service mixte,
  • Les engins diesel V200, V160 ou V100 sortent complètement du cadre, car le chiffre suivant le V multiplié par 10 indique la puissance en CV !! Seule la loco de manoeuvres V60 respecte la logique.
  • Les tracteurs diesel V36 sont des engins de manoeuvres
  • La loco électrique E91 ne fait pas de manoeuvres, mais du service marchandises.
    etc…

En 1938, la SNCF fraîchement créée a rencontré les mêmes problèmes en devant intégrer le matériel de 6 compagnies privées. Pour ce faire, on a repris la numérotation en vigueur au PLM indiquant l’arrangement des essieux, une lettre de classe et un numéro de série.
Les classes A à O désignaient les engins repris des compagnies privées,
Les classes P à U désignaient des constructions SNCF (exception: la 242A)
Les classes X, Y, Z des locomotives allemandes datant de la 2è guerre mondiale.
(150X, 150Y et 150Z).
Exemples:
la 231 E 22 est une pacific issue de la compagnie du Nord, type 231, classe E, exemplaire No. 22
la 231 K 72 est une pacific issue du PLM, type 231, classe K, exemplaire No. 72
la 241 P 7 est une mountain construite en 1948 sur commande de la SNCF, type 241, classe P, exemplaire No. 7
la 141 R 1244 est une des mikados commandées à 1340 exemplaires aux USA et au Canada par la SNCF en 1945.

Pour les locomotives électriques on a par contre adopté la notation européenne comme la BB-27, la 2D2-5525, etc.
Christophe

Salut Christophe,

Encore une fois, chapeau bas quant à la richesse de tes données. Toi qui connais bien le matériel roulant, est-il vrai que pour les voitures-couchettes de la compagnie Wasteels, lorsqu’elles arrivaient à la frontière Franco-Espagnole, elles étaient soulevées afin de changer les essieux du fait de l’écartement de voie différent ? Pour les rames “Talgo”, ça se fait bien automatiquement en roulant…? :scratch: :scratch: :question: :question:

Salut Manu
C’est exact, à la frontière espagnole (Irun ou Port-Bou), il fallait changer les bogies pour passer de l’écartement standard (1435 mm) à l’écartement espagnol large (1676 mm).
Le Talgo et le Talgo pendular sont montés sur des essieux télescopiques qui sont automatiquement écartés à Port-Bou dans une installation prévue à cet effet.
Pour les marchandises, on transbordait le chargement du train RENFE sur un SNCF.
C’est la même chose à la frontière russe, 8 heures d’arrêt à Brest-Litovsk pour changer les bogies des voitures directes pour Moscou, l’écartement russe est de 1524 mm.

Christophe

Salut Christophe,

Comment procédaient-ils pour soulever une rame entière ? Et les passagers ? :scratch: J’aimerais bien que Märklin (j’en doute) ou sinon Roco (plus probable) sorte ces fameuses voitures “Wasteels”. J’en ai 2, mais de chez Lima, que je garde bien précieusement.

Salut Manu,
Parcours le lien photo suivant qui te permettra peut-être de voir comment ça se passe.
De nuit, à Brest-Litovsk, les voitures directes pour Moscou sont amenées à l’atelier au-dessus d’une fosse d’inspection, d’où on dégoupille les bogies européens, ensuite, de puissants vérins hydrauliques soulèvent la caisse de la voiture, un locotracteur évacue les bogies européens et un autre amène les bogies russes. Puis on abaisse la caisse de la voiture et on goupille les bogies russes. Pendant ce temps, on change encore les attelages car les chemins de fer russes utilisent un attelage à mâchoires proche de l’attelage américain. L’opération se fait en une nuit sans que les voyageurs ne doivent quitter leur couchette.

raileuropexpress.com/rubriqu … 83330.html

Les voitures-lits sont de construction est-allemande (Waggon-Fabrik Görlitz).
Christophe

Salut Christophe,

Mille mercis pour ce lien, les photos sont superbes. C’est vraiment impressionnant ces changements de bogies :open_mouth: Le reste du reportage vaut vraiment le coup d’oeil, Moscou est magnifique !